Le premier soir de notre premier camping en Islande, à Þakgil, ma fille de 6 ans a refusé de sortir du van. Pas à cause du froid. À cause de la lumière. Il était 23h30 et le soleil tapait encore sur les parois, comme un projecteur qu'on aurait oublié d'éteindre. Elle a fini par s'endormir avec mon bonnet sur les yeux, et moi j'ai compris qu'un itinéraire camping en Islande avec enfants ne se planifie pas comme un road trip classique. Il se planifie autour du sommeil, des bains chauds et des distances réelles.
Je vais vous donner l'itinéraire qu'on a réellement suivi, avec les chiffres, les ratés, et les choses que je referais autrement.
Points clés à retenir
- Un tour complet de la Ring Road demande au moins 10 jours avec des enfants — 7 jours, c'est de la course.
- Le camping sauvage est interdit hors zones autorisées et strictement encadré ; ne comptez pas dessus comme plan B.
- Le van aménagé bat le camping-car en Islande pour une raison bête : les pistes.
- Un bain chaud tous les deux jours change complètement le moral des troupes.
- Le soleil de minuit perturbe plus le sommeil que le froid.
- Les laveries en camping sont rares : prévoyez une rotation de vêtements plutôt qu'un gros lavage.
Quel itinéraire camping en Islande avec enfants tient vraiment la route ?
Voici la version honnête, en 10 jours, sens anti-horaire. On a choisi ce sens parce que les sites les plus spectaculaires arrivent en deuxième moitié de voyage, quand les enfants sont rodés au rythme du van.
Jours 1 et 2 : Reykjavík et le Cercle d'or
Comptez 230 km sur ces deux jours, ce qui paraît ridicule sur le papier et qui ne l'est pas du tout quand vous vous arrêtez toutes les vingt minutes. Le premier jour, on a fait Reykjavík → camping de Þingvellir. Rien de plus. On a perdu une heure et demie dans un supermarché Bonus à essayer de comprendre pourquoi le pain est vendu en blocs congelés.
Le lendemain, Geysir et Gullfoss. Geysir toutes les 6-8 minutes, c'est parfait pour des enfants : l'attente est courte et la récompense est bruyante. Gullfoss, en revanche, avec un vent à décorner un bœuf et des embruns glacés — ma plus jeune a hurlé pendant les dix minutes qu'a duré la visite.
Un conseil que personne ne m'avait donné : faites le Cercle d'or dans l'ordre inverse du flux touristique. On s'est retrouvés seuls à Kerið pendant que trois bus déchargeaient leur monde à Gullfoss.
Jours 3 et 4 : la côte sud, la partie facile
C'est là que le voyage décolle. Seljalandsfoss, Skógafoss, la plage noire de Reynisfjara. Environ 200 km par jour, ce qui reste confortable.
Attention à Reynisfjara : les vagues de sneaker waves tuent chaque année. On n'y est restés que vingt minutes, à bonne distance de l'eau, et j'ai passé ces vingt minutes à compter les têtes de mes gosses. Ce n'est pas une plage de jeu.
Le camping de Skógar dispose de douches chaudes et d'une petite aire de jeux. On y a passé deux nuits, et c'est la première fois qu'on a senti qu'on pouvait poser le sac sans stresser.
Jours 5 à 7 : l'est, la vraie coupure
Ici, les stations-service se raréfient et les distances entre deux campings passent à 150-180 km sans aucune halte. C'est le tronçon où il faut anticiper.
On a fait un stop à Jökulsárlón, les icebergs qui flottent vers la mer. Les enfants ont adoré les phoques. Nous, on a surtout adoré la soupe du food truck, à un prix qui pique mais qui réchauffe.
Puis les fjords de l'est. Route sinueuse, tunnels, vue partout. Un lacet tous les 200 mètres pendant une heure. Si votre enfant a le mal des transports, prévoyez ce qu'il faut, parce que ça ne pardonne pas.
Jours 8 à 10 : le nord, puis retour express
Le nord, c'est Mývatn, Dettifoss, le lac aux pseudo-cratères. Et surtout : les bains. On a sacrifié une visite de plus pour passer trois heures à la piscine géothermique de Mývatn avec un toboggan à deux pistes. Mes enfants en parlent encore six mois après.
Pour le retour vers Reykjavík, comptez une longue journée de 450 km. On l'a faite en coupant par la route intérieure, avec un arrêt à Blönduós. C'est la journée la plus dure du voyage. Ne la prévoyez pas la veille du vol.
Le camping sauvage en Islande : ce qu'on peut faire et ce qu'on ne peut pas
Beaucoup de blogs donnent l'impression qu'on plante la tente où on veut. C'est faux, et les amendes existent.
Ce qui est autorisé
- Dormir dans un camping organisé, et il y en a plus de 150 dans le pays.
- Le camping sauvage sur terres publiques non cultivées, mais uniquement là où aucune zone protégée ni interdiction locale ne s'applique.
- Une seule nuit au même endroit, jamais deux.
- Un petit groupe, pas un convoi de vans.
Ce qui vous vaudra une amende
- Planter la tente dans un parc national sans autorisation.
- S'installer sur un terrain privé, même vide.
- Dormir dans un van sur un parking de site touristique.
- Laisser des déchets ou faire un feu hors zone prévue.
Le problème, c'est que ces règles varient d'une commune à l'autre et changent d'une année sur l'autre. Ce qui était toléré il y a cinq ans ne l'est plus. Vérifiez le panneau local à chaque étape, ou demandez à l'accueil du dernier camping où vous passez. Ça prend deux minutes et ça évite une discussion désagréable à 23h.
Mon avis tranché : avec des enfants, oubliez le camping sauvage. Une douche chaude et des toilettes à 22h, ça n'a pas de prix. On a tenté une nuit en tente sur une lande à l'est. Résultat : tout le monde transi, deux heures de sommeil, et une journée foutue. Jamais retenté.
Van, camping-car ou tente : le comparatif selon l'âge
| Véhicule | Idéal pour | Point faible |
|---|---|---|
| Van aménagé | Enfants de 4 à 12 ans, pistes et routes secondaires | Espace de vie réduit quand il pleut trois jours |
| Camping-car | Familles de 4+, bébés, confort nocturne | Passe mal certaines pistes et coûte cher en carburant |
| Tente + voiture | Budget serré, enfants de 8 ans et plus | Montage sous la pluie et nuit très courte en juin |
Avec un enfant de moins de 3 ans, le camping-car se justifie : vous pouvez le coucher sans sortir du véhicule, et la sieste se fait sur la route. Avec des ados, l'inverse — ils veulent leur propre espace et le van aménagé leur donne l'impression d'une cabane roulante. J'ai vu des familles avec ados en tente s'en sortir très bien, à condition d'accepter de ne jamais être totalement reposé.
Location de van en Islande : ce qu'il faut vérifier avant de signer
Réservez pour l'été dès janvier ou février. En haute saison, les vans familiaux partent vite et les prix montent. Comptez un budget carburant nettement supérieur à ce que vous estimez, parce que le vent islandais fait exploser la consommation.
- Assurance gravillons et cendres volcaniques : non négociable.
- Assurance sable, si vous descendez vers le sud.
- Vérifiez si le van est homologué pour les pistes classées F — la plupart ne le sont pas.
- Chauffage de stationnement : indispensable pour sécher les affaires.
Un van sans chauffage auxiliaire, c'est un van humide au bout de trois jours. Et un van humide avec des enfants, c'est une mutinerie.
La logistique enfants qu'aucun blog ne détaille
Comment gérer le soleil de minuit avec des enfants ?
Le soleil ne se couche vraiment qu'à peine en juin. Il fait jour la nuit, et le corps des enfants ne comprend pas. La solution qui a fonctionné chez nous : des masques de sommeil pour enfants (pas pour adultes, ils glissent) et des rideaux occultants fixés à l'intérieur du van. On a aussi décalé le coucher d'une heure, progressivement, sur les trois premiers jours. Résultat : des réveils à 9h au lieu de 5h30.
Froid, bains et repas : le trio à anticiper
Le froid islandais en été, ce n'est pas le froid polaire. C'est un froid humide et venteux, celui qui traverse trois couches. Pour les enfants, la règle est simple : un sous-vêtement technique, une polaire, une couche imperméable. Pas de coton. Le coton mouillé ne sèche pas dans un van, et il refroidit.
Les bains chauds, parlons-en. C'est le meilleur outil de gestion familiale du pays. Une piscine municipale coûte quelques euros et transforme une journée grise en bonne journée. On visait un bain tous les deux jours minimum.
Pour les repas, on a tenu un rythme simple : petit-déjeuner au van, déjeuner froid préparé le matin, dîner chaud au camping. Un repas au restaurant sur trois jours maximum, sinon le budget explose. Et les portions enfants dans les restaurants islandais sont souvent aussi grandes que les adultes — commandez-en deux pour trois personnes.
L'Islande avec ado : ce qui change
Un adolescent, c'est un autre voyage. Les cascades ne l'impressionnent plus après la troisième. Par contre, il aime conduire (si vous acceptez de le laisser sur les parkings plats), les piscines thermales avec toboggan, et surtout la connexion wifi — qu'il faudra gérer, parce qu'elle est lente dans l'est et absente sur certaines portions.
Ce qui a marché avec ma nièce de 14 ans, en voyage séparé : lui donner la responsabilité de la musique et des playlists, et lui laisser choisir une étape sur trois. Elle a choisi le lagon de Mývatn, un sentier de randonnée de 8 km et un village de pêcheurs. Pas une seule cascade.
Budget et erreurs : ce que je referais autrement
Sur dix jours à quatre, location de van comprise, on s'en est sortis autour de 1 800 à 2 000 € pour le véhicule, plus carburant, campings et courses. Le poste qui m'a le plus surpris, c'est le carburant. Plus cher que prévu, et le vent n'aide pas.
Trois erreurs concrètes :
- On a réservé le van en mai pour un départ en juillet. Choix limité, prix élevé.
- On a prévu des journées à 300 km avec un enfant de 6 ans. Faisable. Agréable, non.
- On a sous-estimé le nombre de recharges de batterie nécessaires. GPS, téléphones et appareils photo vident le van en une demi-journée.
Et une chose que j'ai bien faite, sans le savoir : ne rien réserver à l'avance côté campings. Le rythme d'un voyage avec enfants est imprévisible, et la flexibilité a sauvé deux journées entières.
Un dernier point qui n'a rien à voir avec la logistique. Sur le tronçon est, entre deux fjords, on s'est arrêtés sur un bas-côté parce que ma fille voulait voir un mouton de plus près. On est restés vingt minutes sans rien faire. Pas de cascade, pas de photo. C'est le seul moment dont mes deux enfants parlent encore aujourd'hui, et je n'avais rien planifié. Prévoyez du vide dans votre itinéraire. C'est ce vide qui reste.